Susanna Lehtinen

Susanna Lehtinen

Susanna Lehtinen est née en 1970 à Helsinki en Finlande. En 1997, elle obtient son diplôme national supérieur d’expression plastique de l’École des Beaux-Arts de Nantes. Susanna Lehtinen vit et travaille dans le sud de la France.

 

A force de questionner la problématique de la représentation par l’image (ou l’eidôlon, c’est à dire l’image-âme), j’en suis venue à cotoyer mes propres fantômes, ces énergies positives, car il est vrai que « l’être n’existe que hanté – parcouru par d’autres êtres, les fantômes » (1). Cette énergie des êtres disparus, cette force vitale, l’énormon d’Hippocrate, ce feu interne, cette vibration intime (2), c’est aussi le monde « subphysique » de la physique quantique, ce monde des eidôla d’Epicure, sorte de doubles voyageurs qui restent invisibles durant leur trajet mais qui sont à l’origine de l’image mentale, phantasia, phantasma [ϕάνταὓμα], ou encore fantôme. Essence magique de la lumière. D’ailleurs un des buts de l’art n’est il pas de surprendre « cette rencontre, dans l’ambiance, des particules les plus ténues, cette poussière d’émotion qui enveloppe les objets… (3) » ? En Finlande, le fantôme, le double, haamu, est omniprésent : nous avons tous un double à nos côtés, présence auratique et  protectrice qui se déplace dans l’espace temps : intermédiaire psychopompe, il va chercher des réponses dans le monde des morts ; il possède ce don de « vision » suprasensible… tout comme l’image a toujours tenté de représenter l’invisible. Ainsi le miroir nous renvoie une image ambigüe (de quelle réalité s’agit-il ?), il peut piéger notre double, de même j’assemble mes images, mes objets comme autant de négatifs, de retournements, de suggestions du réel. Je m’amuse de l’homonymie du mot spectre, désignant tout à la fois le monde de l’au-delà, par définition imperceptible, et la représentation des rayonnements électromagnétiques – la lumière – ou autres espaces topologiques pointés pour représenter l’identité des corps ou bien celle des âmes.
Comme dans un miroir : vous n’êtes pas le reflet, mais le reflet est vous.

(1) Paul Ardenne, in « Video Forever, 15 Fantômes », février 2014
(2) Hyppolite Baraduc, « La Force vitale », 1897, père des « psychogrammes »
(3) Paul Cézanne, in « Cézanne », Joachim Gasquet, 1921

« Nous devons concevoir notre connaissance du monde apparent comme une expérience individuelle de quelque chose de plus que personnel » (Whitehead, The principle of relativity).
 

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